
Je salue toutes les autorités qui nous font l’honneur d’être présentes aujourd’hui, en particulier Karine Kaufmann, maire de Médan, Jean-Pierre Laigneau, maire de Villennes-sur Seine, nos deux orateurs Alain Minc et Denis Coutagne et bien évidemment Martine Le Blond-Zola et Charles Dreyfus les vice-présidents de notre association.
Je souhaite un bon anniversaire à Bob Wilson dont une œuvre emblématique spécialement conçue pour ce lieu est exposée dans notre musée. J’adresse des salutations de bienvenue à chacune et chacun des participants à ce 108e pèlerinage de Médan.
À l’occasion de notre précédente édition, l’an dernier, ici même, le 2 octobre, nous ne pouvions imaginer que quelques jours plus tard aurait lieu le massacre de Sim’hat Torah, cette attaque terroriste du Hamas en territoire israélien avec son déchaînement d’actes barbares et de haine antisémite.
Sur certains campus ou à certaines tribunes, intentionnellement, d’aucuns ont tenté de brouiller les lignes. Pourtant comment confondre ! S’agit-il de lutte armée contre Israël, d’opposition à la politique du gouvernement de Netanyahou à l’égard des Palestiniens quand on égorge dans leur lit des gens, quand on tue ou retient en otage un enfant, un vieillard, un juif français ou une juive canadienne ? Non tout cela n’est qu’antisémitisme.
Ce terrible 7 octobre fut l’événement déclencheur des guerres de Gaza et maintenant du Liban qui visent à l’éradication du Hamas et du Hezbollah. Loi du talion multipliée par 10, ces guerres ont déjà causé la mort de dizaines de milliers de civils innocents, otages des combats, écrasés sous les bombes et n’ayant nulle part où se réfugier. Gaza est aujourd’hui un champ de ruine. L’évolution de la situation au Liban est préoccupante et meurtrière. On redoute aujourd’hui l’emballement du conflit entre Israël et l’Iran et tout ce que cela pourrait impliquer au Moyen-Orient pour l’Europe, en Méditerranée.
Il est certain que face à ces événements dramatiques Zola, l’auteur de J’accuse et de La Débâcle ne serait resté ni sans réaction face à la recrudescence de l’antisémitisme, en particulier en France, ni insensible au développement du conflit israélo-palestinien ni indifférent à cette nouvelle forme de guerre qui s’accomplit sous nos yeux.
La mise en œuvre de nouvelles technologies militaires sur les théâtres d’opérations bouleverse en effet non seulement l’art de la guerre mais aussi l’éthique des combats.
Louis Gautier
L’usage de ces technologies nouvelles pose de redoutables questions politiques, morales, juridiques. Voilà que se trouve interroger la responsabilité humaine dans l’ordre de tuer, l’action même de tuer.
L’intelligence artificielle à bord des drones, dans une boucle autonome, permet en effet la collecte et le tri du renseignement, le ciblage des frappes et le déclenchement des tirs. À la fin de la séquence, la décision humaine n’intervient plus. Ponctuellement à l’essai jusqu’ici, la robotisation du champ de bataille, à large échelle désormais, ne relève plus de la fiction.
L’Ukraine, Gaza, le Liban sont nos guerres d’Espagne. On y expérimente la guerre de demain. Nul doute que Zola en éveilleur de conscience se serait emparé du sujet.
Il l’aurait fait pour susciter une réaction du lecteur et de l’opinion. Il l’aurait fait, au plus près des faits, dans un réalisme qui accepte d’être cru parfois pour livrer la vérité nue mais toujours sans cynisme. C’est toute la grande différence me semble-t-il avec Houellebecq auquel Les Cahiers naturalistes dans leur dernière livraison consacrent plusieurs excellents articles…
La comparaison Zola/Houellebecq a été parfois faite en France. En Allemagne à la suite des écrits critiques de Rita Schober, elle s’est imposée comme le crible d’une possible généalogie littéraire. es deux auteurs présentent en effet des ressemblances dès lors que l’on tire certains fils, ceux du roman expérimental, de la représentation littéraire de la réalité, du rapport de la fiction à la science ou à l’utopie. Naturalisme d’hier et néo-naturalisme aujourd’hui, pourquoi pas, mais pour moi, la comparaison s’arrête là. Chez Zola l’idéal l’emporte, la foi dans un humanisme de progrès triomphe, peut-être de façon naïve mais sans odieux ricanements. Faites-vous donc une idée vous-même en lisant ce 98e numéro de la revue qui comporte d’autres articles passionnants.
Avant de passer la parole à Charles Dreyfus qui, enfant jusqu’à ses huit ans eut la chance de connaître son grand-père devenu Colonel Alfred Dreyfus et évoquera sans doute la dimension familiale de l’affaire, je voudrais en votre nom remercier nos deux orateurs. Denis Coutagne, Conservateur honoraire du patrimoine, Président de la Société Paul Cézanne qui nous fera partager sa vision de la relation, à la fois longue et accidentée, qu’entretenaient Émile Zola avec son ami d’enfance Paul Cézanne. Alain Minc interviendra ensuite.
Mon cher Alain, nous sommes très heureux que tu aies accepté d’intervenir lors de ce pèlerinage. Tous ceux qui, comme Jean- Francis Bretelle qui est parmi nous et que je salue, ou moi-même, ont été des proches de Pierre Bergé te sont d’avance reconnaissants de l’hommage que tu entends lui rendre en centrant une partie de ton propos sur sa personnalité hors du commun.
Il n’y avait à vrai dire pas de meilleur lieu que celui-ci, cette propriété de Médan qu’il a sauvé de l’abandon et où se retrouvent en nombre fidèlement ses amis.
La restauration de la maison de Zola lui tenait tant à cœur. Il a mis son énergie et beaucoup de son âme dans cette entreprise. En 2016, un an avant de mourir, il a d’ailleurs eu la joie, aux côtés de François Hollande, président de la République, d’inaugurer la maison d’Émile Zola enfin remise en état dans son décor original.

Il n’a pas pu réaliser de son vivant le musée Dreyfus mais je pense qu’avec toute l’équipe qu’il avait réunie, Jean-Michel Rousseau, Reda Issolah, Christophe Martin, Björn Dahlström, Yves Morant, Anne-Gaële Duriez, bientôt rejointe par Philippe Oriol, nous avons été fidèles à son projet.
Cela a pris du temps :
Quarante ans pour Martine Leblond Zola, d’abord avec son père puis seule ayant repris de ce dernier le flambeau,
Vingt ans pour Pierre Bergé, depuis la promesse faite à François Mitterrand jusqu’en 2017, et presque sept ans de plus pour moi depuis la disparition de Pierre.
Autant d’années pour sauver la maison, la restaurer, créer le musée, faire vivre au quotidien MZMD, à la fois maison d’écrivain et musée de France ouverts à tous et surtout aux collégiens et lycéens qui, accompagnés de leurs professeurs, dans l’intimité de Zola peuvent étudier son œuvre ou tirer les leçons contemporaines de l’affaire Dreyfus.
Je remercie, à cet égard, tous ceux qui nous aident à financer l’exploitation de la Maison Zola- Musée Dreyfus : le ministère de laculture, la Dilcrah, le conseil départemental des Yvelines, le ministère de la Justice, le ministère de l’Éducation nationale, la Direction Interrégionale de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, la Fondation du Grand Orient de France et enfin son Altesse Sérénissime le Prince Albert II de Monaco. J’espère que la Région Ile-de-France reviendra prochainement au tour de table de nos partenaires.
Cette année, grâce à l’infatigable implication de Philippe Oriol, le remarquable directeur du musée et du site, nous parvenons à dégager 160 000 € de recettes commerciales. Nous autofinançons à 50% notre budget de fonctionnement. C’est très bien mais sans subventions d’exploitation pérennes, sans mécénat pour les investissements et les expositions, nous ne parvenons pas à assurer dans la durée notre besoin de financement. C’est pourquoi nous souhaiterions obtenir de l’État et des collectivités un engagement pluriannuel qui garantisse mieux la continuité et le développement de nos activités.
Celles-ci ont d’ailleurs le visage du succès, depuis l’ouverture au public :
- 46 300 visiteurs
- 30 stages de citoyenneté
- 1 colloque et 32 événements, enfin, la publication d’un très beau catalogue.
Grâce à ces actions, la vérité continue d’être en marche mais nous avons besoin d’aide pour la faire avancer.
Louis Gautier
Je vous remercie de votre attention et passe la parole maintenant à Charles Dreyfus.

