De quoi l’IA est-elle militairement le nom ?

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Les secousses géopolitiques qui ébranlent l’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide nous laissent encore nous accrocher à un monde connu, à sa réalité comme à ses représentations. La mer est trop incertaine et tourmentée pour se risquer à lâcher l’épave. Tout dérive alors avec nous, les principes de sécurité collective posés en 1945, les préceptes de la dissuasion nucléaire établis à partir des années 1960, les règles de conduite de la mondialisation adoptées après 1991. Tout bouge et, de façon réactive et régressive, certains États s’abonnent à la loi de la force.

De quoi l'IA est-elle militairement le nom ?

En peignant, pour s’en féliciter ou le déplorer, le tableau des ruines du monde ancien, on ne dit pas grand-chose des réalités nouvelles qui vont déterminer dans le futur les modalités de la vie internationale et les conditions de sa sécurité. Les chocs géopolitiques que nous vivons ne sont en effet qu’épiphénomènes par rapport à l’ébranlement tellurique qui se produit au cœur même de la civilisation du fait de l’irruption puis de l’essor de l’Intelligence artificielle (IA) dans le fonctionnement des sociétés.

Is there still a human in the loop?

Auteur du principe d’incertitude et père du programme atomique allemand, Werner Heisenberg pressent en 1942 combien la physique nucléaire, en permettant d’explorer et de modéliser les infinis, va changer la donne de toutes les activités humaines, et anticipe aussi le péril que représente la bombe atomique.

Avec l’IA, nous vivons un nouveau « moment 1942 », caractérisé par un transfert massif des connaissances scientifiques aux applications pratiques. Une réorganisation fondamentale des modes de gestion de la société est en cours. Une révolution des affaires militaires est à l’œuvre sur fond de course aux armements [1], de redistribution des chaînes de valeur et de tensions économiques et commerciales dans de multiples secteurs dont celui de la défense. L’IA, source de toutes les spéculations et non réglementée, est aussi le facteur générateur d’une catastrophe annoncée : de même que l’arme atomique est venue définitivement oblitérer de sa menace le destin de l’humanité, l’IA fait désormais planer le spectre d’un effacement de la conscience humaine dans la plupart des dimensions sociales et jusque dans la guerre.

Le titre de l’ouvrage d’Alain, Mars ou la guerre jugée [2], dit à cet égard l’essentiel : la guerre, épreuve de force et de volonté, est d’abord affaire de discernement et de responsabilité. À l’ère atomique, cette approche raisonnée de la guerre a été poussée à son paroxysme. Le primat de la responsabilité est en effet au cœur de la logique de dissuasion nucléaire parvenue, jusqu’ici, à éviter le pire. La question centrale de la guerre dans la suite du XXIe siècle est tout autre, avec un nouveau paradigme inquiétant qui tient à la relativisation du facteur humain dans l’évaluation et la conduite des opérations.

Is there a human in the loop? Les perspectives vertigineuses ouvertes par ce questionnement restent, pour l’instant, un angle mort des doctrines stratégiques officielles française et européenne. La « Revue nationale stratégique » de 2025 fait certes observer combien l’IA, à côté de la guerre électronique ou de l’informatique quantique, constitue un game changer dans l’art militaire, mais n’en tire pas de conséquences doctrinales à la hauteur des enjeux, alors que l’IA modifie radicalement les échelles de puissance et occupe déjà une place centrale dans tout le spectre des activités militaires [3]. On assiste au même retard d’appréhension que celui constaté en matière de cyberdéfense ou de drones à la décennie précédente [4]. Dans le même temps, au Pentagone, on multiplie les initiatives pour intégrer l’IA générative dans les opérations et favoriser son déploiement. L’US Navy vient ainsi d’adopter en juillet 2026 une nouvelle stratégie visant à « militariser » ses données, afin de configurer une flotte AI-first.

La puissance des algorithmes

Longtemps structurés par une logique d’appropriation des territoires, d’accaparement des ressources et de contrôle des flux d’approvisionnement, les affrontements stratégiques s’organisent désormais autour d’un nouvel enjeu : la maîtrise de l’information et des systèmes numériques qui gouvernent les sociétés [5]. L’irruption massive de l’IA dans l’ensemble des activités humaines accélère ce basculement. La capacité à collecter, traiter et exploiter les données, mais aussi à influencer les comportements collectifs, devient un facteur déterminant de puissance. Sur le plan géopolitique, les infrastructures de l’IA redistribuent par ailleurs de façon décisive les cartes en accroissant, à ce stade, l’inégalité des positions au profit des États-Unis et de la Chine qui, adossés à de puissants acteurs technologiques, font seuls la course en tête. D’autres pays technologiquement avancés leur emboîtent tardivement le pas, dont la France qui cherche à se hisser, seule [6] ou en partenariat, à un niveau de pertinence. Elle développe notamment des infrastructures de stockage et de gestion des données (i-cloud, supercalculateur, banques de données…), à la base d’une pile technologique d’applications et de modèles permettant d’acquérir de l’information, de la traiter et de déployer des algorithmes d’apprentissage automatique [7].

L’IA ne signe pas l’obsolescence des facteurs traditionnels de la puissance [8], mais elle en est devenue un levier déterminant. À cet égard, la capacité à gérer, organiser, influencer ou orienter le comportement de collectifs humains constitue un objectif décisif pour les États-Unis et la Chine – dans un jeu collaboratif avec des opérateurs privés souvent eux-mêmes surpuissants. Sur douze sociétés billionnaires (mille milliards) en dollars dans le monde aujourd’hui, dix sont américaines dont huit sont des entreprises directement liées aux technologies numériques [9]. Toutes choses égales par ailleurs, elles devraient être une vingtaine en 2030. Le contrôle public et privé des volumes de données nécessaires à l’entraînement des modèles d’IA vient renforcer, dans une dynamique exponentielle, la position des acteurs déjà dominants dans cet écosystème, au premier rang desquels Microsoft, Google, Amazon et Meta de l’autre côté de l’Atlantique, ainsi que les hyperscalers chinois tels Alibaba, Baidu, Tencent ou Huawei. Le développement de l’IA suppose en outre des capacités de calcul considérables que peu de pays détiennent. Les États-Unis, la Chine – en particulier avec la récente mise en service de son ordinateur exascalaire LineShine –, l’Allemagne et la France sont à ce jour les seuls pays dotés de supercalculateurs exaflopiques (pouvant traiter au moins un milliard de milliards de calculs par seconde). Le Royaume-Uni, avec son supercalculateur de nouvelle génération Isambard-AI, lancé en 2025 et dédié à la formation de grands modèles de langage et IA génératives, a aussi franchi une étape importante dans ce domaine, tout comme le Japon avec la plateforme hybride de supercalculateur quantique H2 Reimei-Fugaku.

Face au duopole américain et chinois, les Européens, qui depuis trente ans ont préféré s’abonner à des services plutôt que d’investir, se retrouvent dépendants d’architectures intégrées de systèmes qu’ils ne maîtrisent pas. Ils sont de surcroît confrontés aux goulots d’étranglement dans le secteur des puces et semi-conducteurs où la concentration de la production confère à certains, comme la société taïwanaise TSMC [10] ou le fabricant américain de semi-conducteurs Nvidia [11], une position stratégique.

Pour rétablir un équilibre et un droit de regard souverain sur la collecte et le traitement des données, en particulier dans le domaine militaire, l’effort d’investissement – notamment dans la constitution de centres de données, la création de i-cloud dédiés, de chaînes de production de semi-conducteurs et de supercalculateurs – est gigantesque et se compte en centaines de milliards de dollars. Or ce rattrapage [12] peut être compromis par des restrictions, imposées par des tiers, à l’accès aux matières premières critiques indispensables (terres rares, lithium, cobalt…), voire leur appropriation pure et simple, comme dans le cas des prétentions américaines à mettre la main sur le Groenland [13]. Ce rattrapage est également compliqué par les besoins énergétiques considérables qu’exige le fonctionnement des supercalculateurs, des fermes et réseaux informatiques. Enfin, la loi des rendements croissants favorise les États disposant déjà d’infrastructures avancées, un avantage autorenforçant par rapport aux entrants tardifs. Face à l’organisation duopolistique d’un « ordre international technologique primordial », l’Europe s’engage dans un rééquilibrage défensif, mais pas à armes égales.

Elle possède des atouts indéniables en matière de recherche et des acteurs industriels de premier plan, tels que la société française Mistral AI ou l’entreprise néerlandaise ASML [14]. Cependant, l’Europe ne dispose pas d’entreprises de la taille des hyperscalers américains ou chinois, qui collaborent étroitement à la définition de la posture de puissance de leur pays, y compris de façon assumée sur le plan militaire. Aux États-Unis, cette alliance est notamment scellée par le contrat JWCC (Joint Warfighting Cloud Capability), passé par le Pentagone en 2022 pour un montant initial de 9 milliards de dollars. Elle se traduit aussi par divers autres accords, tel celui récemment conclu avec Scale AI, une start-up de Meta [15], ou ceux signés avec OpenAI, Alphabet, Nvidia, Reflection AI, SpaceX et Amazon, visant à intégrer l’IA dans toutes les activités des armées américaines. Elle s’exprime enfin dans un rapport de force par lequel l’administration et les entreprises américaines entendent empêcher l’émergence d’une concurrence à l’international, en particulier chez leurs alliés européens.

Les entreprises américaines de la tech constituent ainsi de véritables « proxies technologiques » au service des stratégies de puissance de leur pays. La désactivation, pour des raisons de sécurité nationale, du modèle d’IA Mythos 5 intervenue en juin 2026 puis sa limitation à un cercle restreint d’opérateurs américains, de même que le bridage de la version publique de Fable 5 par la société Anthropic, en sont des manifestations éclatantes. Ces agissements, ainsi que le respect par toutes les entreprises privées américaines du CLOUD Act de 2018 – qui leur fait obligation de partager leurs données, collectées ou non aux États-Unis, avec les autorités fédérales –, participent d’une « arsenalisation » de la donnée [16] dans un jeu de forte connivence entre tous les acteurs.

En mars 2026, le Pentagone a franchi un cap avec l’intégration de l’IA à sa stratégie AI-first warfighting force, autorisant OpenAI et xAI à entraîner leurs modèles sur des données militaires classifiées et confirmant le rôle central du programme Maven de Palantir, doté de financements cumulés dépassant les 15 milliards de dollars [17].

Les pays européens se retrouvent ainsi sous l’emprise d’une domination structurelle américaine qui, sous l’administration de Donald Trump, s’est muée en volonté de sujétion politique. Sans puissant effort d’émancipation technologique, les Européens devront choisir entre le Charybde des solutions américaines ou le Scylla des offres chinoises.

Si les politiques américaine et chinoise empruntent des voies différentes, elles ont bien un même but : la domination. Là où ChatGPT et Claude ne sont accessibles qu’à distance, via une interface payante dont l’accès peut être coupé à tout moment, les modèles chinois (DeepSeek hier, Kimi K3 aujourd’hui) sont à disposition des usagers et rivalisent gratuitement avec les meilleurs systèmes américains. Le pari de Washington est l’asphyxie de toute offre alternative par la maîtrise des coûts et des tarifs ; celui de Pékin [18] est le dumping puis, une fois le bras de fer gagné, de refermer la trappe technologique.

À la suite des rapports Letta et Draghi [19], l’Union européenne tente d’échapper à ces pièges avec diverses initiatives, comme le Règlement européen sur les semi-conducteurs doté de 43 milliards d’euros, la décision de financer des capacités européennes de stockage informatique ou celle de déployer d’ici 2030 un espace numérique souverain permettant aux États membres de partager des données de défense. Il s’agit toutefois de choix limités à des secteurs de niche, pas d’une réelle stratégie, en particulier au niveau militaire.

La France, ni aucun de ses partenaires, ne peut pourvoir seule à l’effort global de rattrapage en matière d’IA. Ce constat devrait nous inciter dans le domaine militaire à l’adoption d’une politique nationale du type de celle qui conduisit au développement de la dissuasion française et à la théorie du faible au fort. Dans un jeu asymétrique, il faut adopter une stratégie de la faiblesse et de l’irrégularité en maximisant, par des partenariats quand ils sont inévitables ou au contraire par des exclusivités non partagées, les atouts de la France, par exemple en matière de calcul, d’IA générative ou d’« arsenalisation » des données. Engagée sur de nombreux théâtres et disposant d’une capacité non négligeable de capteurs, la France possède en effet un stock de données à valeur militaire sans beaucoup de comparaison en Europe. Notre pays doit réduire sa dépendance des acteurs américains dans le domaine de la sécurité, comme il vient de le faire à la DGSI avec le remplacement de Palantir par ChapsVision ou avec le développement du programme militaire Arcadia. Il faut poursuivre très volontairement dans cette voie, notamment s’agissant des clouds de combat, question cruciale de souveraineté comme le constatent, à leur détriment, les pays acquéreurs de F35 dont toutes les données sont centralisées vers les serveurs américains.

L’IA favorise le passage à l’acte et un état permanent de conflictualité

Le déploiement de l’IA, couplé aux capacités cyber et aux automates, accélère l’effacement des frontières juridiques et opératoires entre l’état de guerre, la gestion de crise et le maintien de la paix. Il favorise, sans solution de continuité, l’enchaînement entre acte compétitif, acte inamical et acte hostile dans la recherche permanente de l’avantage décisif et d’une optimisation des gains. Déjà, dans les deux précédentes décennies, les technologies numériques et électroniques, employées à des fins de surveillance, d’espionnage, de contre-mesure ou de déni d’accès, avaient singulièrement contribué à brouiller les cartes, en particulier dans le cyberespace où il est difficile de démêler l’origine d’une attaque, voire son intentionnalité.

L’IA renforce une évolution de la conflictualité où les actions hybrides se conjuguent au recours à la force, en facilitant l’automatisation des initiatives et des répliques. Les outils de traitement massif des données permettent d’identifier plus rapidement les vulnérabilités des dispositifs et des infrastructures critiques pour les cibler, tandis que les systèmes génératifs offrent des possibilités inédites de manipulation de l’information. En établissant des corrélations invisibles à l’échelle humaine et en proposant des réponses adaptées, l’IA s’avère un outil précieux d’aide à la décision, mais pèse lourdement sur celle-ci, accélérant le passage à l’acte. Plus les modèles d’IA sont performants, plus la décision politique et militaire se réduit à la simple validation de solutions techniques. Les drones dotés de capacités d’acquisition et de traitement de données peuvent être programmés pour tirer après avoir eux-mêmes apprécié si le degré de corroboration de la cible (par exemple par reconnaissance faciale) était suffisant et le risque de dégâts collatéraux maintenu dans des limites acceptables. Une fois le drone paramétré, il est ainsi libre de tuer.

À Gaza ou au Liban, de tels drones ont été régulièrement employés par les Israéliens pour éliminer des responsables du Hamas ou du Hezbollah. Sur le théâtre iranien, les plans de frappe américains étaient réglés à partir d’une sélection automatisée des cibles puis leur affectation aux vecteurs les plus aptes à les engager. Dans l’opération Epic Fury déclenchée le 28 février 2026 contre l’Iran, le Maven Smart System de Palantir a permis aux États-Unis de frapper 1 000 cibles dans les 24 premières heures de la guerre [20]. À ce rythme, le temps disponible pour la validation de ciblage ne pouvait dépasser quelques dizaines de secondes, au risque de l’erreur de tir. Autant dire que la validation humaine des frappes était purement formelle. Sous la pression du flux d’informations, l’opérateur n’a en effet pas le temps d’un examen critique. Il entérine à l’aveugle les suggestions de l’IA, d’autant plus qu’il est prisonnier d’un cadre cognitif qu’il ne maîtrise pas [21]. L’IA n’augmente pas seulement le rythme de la guerre, il l’intensifie.

En principe, la doctrine des armées en France, comme celle des Européens, affirme maintenir « l’homme dans la boucle ». Mais ce principe reste flou et la démarcation est très ténue entre in the loop (l’humain décide) et on the loop (l’humain supervise). Quel que soit le mode d’autorisation, la place de l’algorithme est écrasante dans la prise de décision. Si l’IA indique qu’une action a trois fois plus de chances de succès qu’une autre solution, qui prendrait le risque de choisir cette dernière ?

De surcroît, l’IA est exposée à des fragilités qui peuvent s’avérer redoutables dans les applications militaires ou de sécurité. La première tient aux possibles biais de conception : une IA militaire n’est jamais neutre, toujours circonstanciée, et le jeu des données ne reflète pas forcément avec exactitude les réalités du champ de bataille. La deuxième tient à l’effet « boîte noire ». Plus un modèle d’apprentissage (deep learning) est performant, moins il est lisible, ce qui pose une redoutable question de justification politique, militaire ou juridique d’actions aux conséquences létales. Enfin, les systèmes d’IA peuvent être trompés par des pollutions accidentelles ou des actions volontaires d’empoisonnement – consistant à introduire des perturbations discrètes dans les entrées du système –, générant ainsi des erreurs de classification.

L’usage de la force, surtout, ne relève pas d’un pur calcul d’efficacité. L’histoire l’enseigne abondamment : la guerre est un jeu de probabilités contrariées. Dans le détroit d’Ormuz, le mirage de l’efficacité militaire a ainsi abusé la lucidité des responsables politiques américains. Le passage à l’action armée est une mise en équation de considérations diplomatiques, juridiques, économiques et morales qu’aucun algorithme ne peut pleinement intégrer. À mesure que les systèmes techniques gagnent en autonomie dans l’exécution des opérations, on doit pouvoir retracer l’origine des instructions au niveau politique et leur justification : contre qui, pourquoi, dans quel but et quelles limites, avec quels effets recherchés. De même, au niveau opératif, il convient de pouvoir attribuer la responsabilité du paramétrage de l’IA et des effecteurs létaux, ainsi que les autorisations et délégations de pouvoirs données à leur emploi.

Ce réexamen systématique, à tous les échelons, de la prise de décision n’est pour l’heure pas vraiment entrepris. C’est donc toute la chaîne du commandement qui se trouve exposée. Qui assume in fine la responsabilité d’une frappe erronée ? Le développeur, l’opérateur ou le commandement ? Aucune machine ne sera jamais convoquée devant un conseil de guerre. Répéter que l’homme reste dans la boucle suppose d’établir une chaîne de responsabilité politique, militaire et juridique. Au regard du droit international humanitaire, qui s’applique à tous les moyens et méthodes de guerre, l’IA ne fait a priori pas exception. Les entreprises pourvoyeuses de solutions d’IA et leurs dirigeants pourraient ainsi être tenus responsables par un juge des erreurs ou accidents causés par cette IA.

L’IA se développe à une allure telle que rien ne vient l’encadrer, aucun principe de précaution, aucune règle normative. Pour le Pentagone et sa doctrine AI-first, une incrémentation contrôlée mais trop lente de l’IA représente un risque plus grand pour la sécurité nationale qu’un « alignement imparfait » des systèmes. L’IA va donc continuer à se déployer sur le plan militaire sans aucun frein, jusqu’à l’erreur de trop.

La révolution militaire de l’IA

La supériorité des armes n’assure pas automatiquement la victoire, mais ce facteur est toujours au départ discriminant [22]. De grands sauts technologiques, allant au-delà de la simple amélioration de la performance des armements, sont aussi à l’origine de révolutions récurrentes dans les affaires militaires (RAM), avec pour conséquence de bouleverser l’art de la guerre dans son entier [23]. Ces révolutions qui modifient les perspectives stratégiques, obligent à réorganiser les appareils militaires et conduisent à adapter leurs modes d’action s’enchaînent de plus en plus vite sur la période contemporaine. En un demi-siècle, le point haut de la guerre s’est ainsi déplacé pour se fixer dans l’espace. Les technologies de l’information assurent une gestion intégrée en temps réel des opérations militaires et des systèmes d’armes.

La révolution de l’IA se distingue toutefois des précédentes, qui s’inscrivaient dans une histoire linéaire : elle est plus radicale, autant technologique qu’holistique, et constitue une bifurcation au cœur même de la guerre. Ses effets ne se limitent pas aux conditions d’emploi et de production d’armes nouvelles ou à l’adaptation de l’art militaire aux progrès technologiques. Avec le développement des drones et des systèmes d’armes létales autonomes dont elle potentialise les performances, l’IA met en cause la place de l’homme dans la conduite de la guerre et sur le champ de bataille. Elle pose la question de sa présence à bord des plateformes de combat et de son rôle dans la boucle décisionnelle. Elle pousse à la robotisation du champ de bataille.

La révolution de l’IA est par ailleurs indissociable de trois tendances des conflits contemporains : le durcissement des affrontements armés, l’expansion de la conflictualité dans toutes les dimensions et l’automatisation des vecteurs et des systèmes d’armes. D’où une série de conséquences stratégiques et tactiques : la donnée devient le centre de gravité des opérations, celles-ci sont menées simultanément sur les réseaux et dans tous les milieux, avec un fort taux de pertes et d’attrition.

Avec l’IA, la donnée devient le centre de gravité des opérations : la capacité à se rendre maître d’une situation dépend de plus en plus de la collecte et du traitement instantané de l’information. La conséquence la plus visible, notamment à partir des retours d’expérience des combats terrestres sur le front ukrainien, est l’extension de la kill zone. Dans la zone de contact et de tous les dangers, les forces déployées peuvent désormais être détectées, identifiées puis engagées à des distances toujours plus importantes. Le champ de bataille devient un espace transparent où chaque émission électromagnétique, chaque transmission, chaque déplacement, constitue une signature potentiellement exploitable. La profondeur de la kill zone en Ukraine, où n’opèrent pratiquement plus que des drones et des éléments d’assaut très dispersés, est ainsi passée d’une trentaine de kilomètres en 2022 à près du double aujourd’hui. La rapidité avec laquelle les données circulent entre les capteurs, les centres de commandement et les unités engagées conditionne désormais la vitesse de la manœuvre. La perte de la liaison satellite de Starlink par les Russes en février 2026 a ainsi immédiatement entravé leurs actions. La résilience des transmissions, la sécurisation des liaisons de données, la capacité à maintenir le fil des communications en dépit des actes de brouillage ou des cyberattaques sont des conditions essentielles de la conduite des opérations.

L’espace de la confrontation a tendance à s’étendre simultanément dans plusieurs dimensions (domaine spatial, très haute altitude, sur terre, sur et sous la mer, dans les airs, dans le cyberespace, sur les réseaux). L’IA, par l’orientation des capteurs, la fusion des données et la coordination des effecteurs, assure une continuité informationnelle entre des systèmes auparavant cloisonnés [24], tout en accroissant la plus-value stratégique et opérationnelle de chaque domaine d’intervention par leur mise en relation et leurs interactions. Elle permet de surmonter les barrières de milieux alors que, dans le même temps, les drones permettent à l’homme de s’en affranchir. Les frontières naturelles cessent d’être pour les armées des frontières fonctionnelles.

Les leçons des conflits récents – guerre en Ukraine ou engagement américain contre l’Iran – restituent en outre toute leur importance au volume des forces en présence et au retour à des coefficients d’attrition élevés [25]. Après plusieurs décennies où les forces occidentales étaient engagées en milieux permissifs ou semi-permissifs sans crainte de trop s’exposer, les confrontations actuelles, plus lourdes, mettent en évidence les atouts incontournables que constituent pour une armée la prise de masse, la capacité à durer et à se reconstituer. Le caractère des conflits actuels, marqués par une désinhibition du passage à l’acte et des accélérations brusques dans le recours à la force, rend également plus problématique la gestion des stocks pertinents prêts à l’emploi et celle des flux de renouvellement. En Ukraine comme dans le conflit iranien, la consommation très rapide des équipements et consommables a souligné la nécessité, pour les armées européennes, de revoir la gestion à flux tendus des stocks militaires, les conditions de mobilisation des capacités de production d’armements ainsi que la réactivité des chaînes logistiques.

Par ailleurs, comme on a pu le constater en mer Rouge face aux Houthis ou dans le golfe Persique face à l’Iran, l’engagement de missiles très performants mais coûteux contre des salves de drones rudimentaires et peu onéreux montre l’inadaptation aux circonstances de certains matériels sophistiqués, chers donc rares. La question du coût/efficacité des armements en service dans nos forces est donc posée. Elle ne se tranche pas aisément, notamment pour la France qui doit, sous contraintes budgétaires, concilier la production autonome de moyens de supériorité – condition de son indépendance stratégique – et le retour à la loi du nombre. L’application de l’IA à la gestion des stocks, à la maintenance et aux fabrications devrait permettre d’optimiser les circuits de production des armes, la rendant plus réactive et moins onéreuse. À l’aide d’imprimantes 3D, l’IA devrait aussi faciliter la fabrication rapide, y compris sur la zone des opérations, de pièces de rechange et de petit matériel.

L’actualisation récente de notre loi de programmation militaire ne confère pourtant pas à l’IA la priorité centrale qui lui revient, ni dans les arbitrages sur les futurs investissements de défense ni comme outil de rationalisation de choix qui devraient être guidés par deux objectifs prioritaires : le renforcement de nos capacités d’action sur le Vieux Continent d’une part, le financement de l’effort technologique pour rester dans la course (IA, quantique, hypervélocité, spatial…) d’autre part.

D’ores et déjà, les leçons des conflits actuels devraient sérieusement nous amener à interroger, à partir de questions simples, la pertinence de notre panoplie militaire et d’un modèle d’armée aussi général qu’incomplet. Faut-il conserver, vu l’extension de la kill zone, des équipements qui en l’état sont vulnérables ou non déployables aux conditions de guerre actuelles (chars, canons, hélicoptères…) ? Peut-on les mettre à niveau ou faut-il les remplacer par des drones ? Faut-il continuer à enchaîner entre elles les générations de grands programmes comme si la RAM de l’IA n’était pas déjà en cours, impliquant des choix de rupture ? À l’horizon 2040, quelle sera la place de l’homme dans l’exécution de certaines missions, notamment les phases d’entrée dans le conflit ? Alors que l’IA embarquée contribue à renforcer l’autoprotection des plateformes et que la loi du nombre pousse à la dispersion des dispositifs, faut-il toujours considérer le groupe aéronaval autour du porte-avions comme un ensemble indissociable, un concept immuable, ou faut-il penser autrement la projection de puissance navale ? Plutôt que de gonfler le volume de stocks inertes appelés à péremption, comment mieux gérer les processus de fabrication permettant leur mise à niveau rapide et, surtout, sécuriser l’approvisionnement en matières premières et composants indispensables ?

L’IA pousse à revoir en profondeur l’organisation des appareils militaires

Les armées restent structurées autour d’une répartition des responsabilités par milieu, de chaînes de commandement centralisées et d’un bouclage itératif entre la conception des équipements, leur production industrielle et leur emploi en opération. L’IA remet en cause ce modèle car elle estompe les barrières de milieux, pousse à la déconcentration de la décision et à la redistribution des actions de force, permet enfin la prise en compte rapide du retour d’expérience dans la mise au point des équipements.

Les armées demeurent organisées autour d’une distinction classique entre les milieux terrestre, aérien et maritime, qui conserve pour partie sa pertinence, en particulier pour la formation et l’entraînement des personnels, mais apparaît de moins en moins adaptée à des technologies dont le fonctionnement repose sur la circulation permanente de données entre des systèmes répartis dans plusieurs dimensions.

Les états-majors sont de plus en plus appelés à raisonner à partir des fonctions stratégiques – renseignement, guerre électronique et cyber, frappes stratégiques, projection de forces – et moins à partir des logiques de milieux. Les arbitrages sur les moyens doivent aussi favoriser l’adoption de familles d’équipements adaptatifs et de systèmes ouverts, pouvant échanger des données et interagir avec des plateformes appartenant à des armées différentes.

Depuis les années 1990, sous une gestion de la guerre en temps réel rendue possible par les outils de communication, les armées modernes ont renforcé la centralisation du commandement et du contrôle opérationnel. Or l’IA, en contribuant à raccourcir le temps de la décision et de l’action, va dans le sens d’une grande déconcentration. Les unités déployées disposent d’une capacité croissante de traitement autonome des informations. Les systèmes robotisés, les capteurs intelligents et les plateformes autonomes permettent d’agir à un rythme qui exclut un schéma de validation obligatoire de la manœuvre aux échelons supérieurs. La centralisation hier recherchée pour des raisons de contrôle devient un obstacle quand la rapidité peut être gage de survie pour les soldats dans un environnement où les temps d’observation, de décision et d’action se contractent au point de se confondre.

Ce constat suggère une plus grande subsidiarité dans la conduite et le commandement des opérations au profit des échelons de proximité. Les commandements tactiques devront à l’avenir disposer d’une autonomie accrue pour exploiter les informations disponibles localement, adapter leur posture et coordonner leurs moyens. L’extension de la kill zone impose en outre une dispersion croissante des unités sur le terrain, chacune devant conserver une capacité de décision suffisante dans un environnement fortement contesté. L’IA ne supprime pas la verticalité du commandement hiérarchique, qui s’exerce par des instructions et des mandats donnés en amont et par un contrôle réalisé ex post, mais impose une redistribution plus fine des responsabilités dans l’exécution.

Les retours d’expérience issus du terrain imposent enfin des adaptations beaucoup plus rapides des équipements, qu’il s’agisse des logiciels embarqués, des architectures électroniques ou des algorithmes de traitement des données. La distinction traditionnelle entre le temps de l’industrie et celui des opérations tend progressivement à se diluer. Les chaînes industrielles devront être en mesure d’absorber rapidement des taux de pertes élevés, de produire en volume des équipements à coût maîtrisé, mais aussi d’intégrer en continu les innovations du champ de bataille. L’impression additive ou encore le développement de procédés industriels assistés par l’IA offrent des perspectives nouvelles en ce domaine, y compris de fabrication et de maintenance en zone d’opérations.

Au-delà des processus de production, c’est la conception même des programmes d’armement qui doit évoluer. Les générations de grands équipements militaires développés sur plusieurs décennies et modernisés à intervalles espacés correspondent à un modèle de politique d’armement de moins en moins compatible avec un environnement où logiciels, algorithmes et systèmes autonomes évoluent à un rythme bien plus rapide que les plateformes qui les embarquent. L’IA conduit ainsi à privilégier une logique de systèmes ouverts et modulaires, pour permettre l’intégration rapide de nouveaux capteurs, de nouvelles charges utiles ou de nouvelles briques logicielles sans remettre en cause l’ensemble de l’architecture. Dans ce nouveau modèle, l’innovation ne constitue plus une étape précédant la mise en service d’un équipement, elle devient un processus permanent, indissociable de l’emploi opérationnel.


S’opposer à la technologie est un combat vain et perdu d’avance. Chercher à contrôler l’IA pour retirer à l’innovation son privilège d’irresponsabilité est une autre chose. L’IA, comme auparavant d’autres progrès technologiques, doit être intégrée dans le champ politique, c’est-à-dire dans l’espace du pouvoir et de la puissance, qui est celui de la responsabilité et du consentement, mais aussi celui du conflit. Il est donc urgent de réformer notre politique de défense, sa doctrine comme ses capacités, pour tenir compte de la révolution de l’IA dans les affaires militaires et l’adapter aux réalités nouvelles de la guerre.

Notre défense a connu sous la Ve République un premier cycle structuré, sous la guerre froide, par le primat de la dissuasion, puis un deuxième cycle post-guerre froide priorisé par les missions de projection. Il reste à inventer un troisième cycle sous-tendu par le caractère désormais primordial de l’IA dans toutes les activités militaires.


  • [1] Les dépenses militaires mondiales s’élèvent à 2 887 milliards de dollars en 2025, soit presque autant que le produit intérieur brut français. Sipri Yearbook 2026: Armaments, Disarmament and International Security, Oxford, Institut international de recherche sur la paix de Stockholm et Oxford University Press, 2026, disponible sur : www.sipri.org.
  • [2] Alain, Mars ou la guerre jugée, Paris, Gallimard, 1921.
  • [3] « Revue nationale stratégique 2025 », Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), 14 juillet 2025, disponible sur : www.sgdsn.gouv.fr.
  • [4] Que soulignait notamment le rapport « Chocs futurs » du SGDSN paru en 2017. « Chocs futurs », SGDSN, 21 avril 2017, disponible sur : www.sgdsn.gouv.fr.
  • [5] L. Gautier, « La France, l’Europe et la puissance militaire », Questions internationales, no 137-138, 2026.
  • [6] Voir : « La stratégie nationale pour l’Intelligence artificielle », ministère de l’Économie, 7 février 2025, disponible sur : www.economie.gouv.fr.
  • [7] Une cinquantaine d’États parmi les plus avancés seraient en mesure de structurer à terme, dans dix ou quinze ans, des politiques cohérentes couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA.
  • [8] Voir en particulier : P. Buhler, La puissance au XXIe siècle, Paris, CNRS Éditions, 2026.
  • [9] Nvidia, Apple, Alphabet (Google), Microsoft, Amazon, Meta, Broadcom, Tesla, Berkshire Hathaway, Walmart, dont le chiffre d’affaires dépasse 1 000 milliards de dollars.
  • [10] Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) fabrique 90 % de la production de puces électroniques de pointe dans le monde.
  • [11] Nvidia détient en effet le quasi-monopole pour la production de microprocesseurs capables de délivrer la puissance de calcul nécessaire à l’entraînement des modèles d’IA.
  • [12] Notamment à travers diverses initiatives de l’Union européenne, dont la coordination de la recherche sur l’IA au sein du réseau européen ELLIS (European Laboratory for Learning and Intelligent Systems) ou le Règlement européen sur les semi-conducteurs adopté en 2023, qui vise à mobiliser 43 milliards d’euros d’investissements publics et privés dans la constitution d’une filière domestique de semi-conducteurs.
  • [13] Selon la Commission géologique du Danemark et du Groenland, l’île abriterait 24 des 34 matières critiques indispensables répertoriées par l’Union européenne comme stratégiques et 7 gisements de terres rares représentant environ 36 millions de tonnes. Site de la Commission géologique du Danemark et du Groenland disponible sur : https://eng.geus.dk.
  • [14] ASML détient un monopole mondial sur les machines nécessaires à la production des puces les plus avancées.
  • [15] Evalué en septembre 2025 à 100 millions de dollars, le montant de ce contrat est en passe d’atteindre le décuple.
  • [16] H. Farrell et A. Newman, « Weaponized Interdependence: How Global Economic Networks Shape State Coercion », International Security, vol. 44, no 1, 2019.
  • [17] Approuvé en 2017, le programme Maven s’est progressivement déployé dans l’armée américaine. Voir : K. Manso, Project Maven: A Marine Colonel, His Team and the Dawn of AI Warfare, New York, Norton, 2026.
  • [18] Voir le discours de Xi Jinping : « Discours liminaire à la cérémonie d’ouverture de la Conférence mondiale sur l’IA 2026 et de la Réunion de haut niveau sur la gouvernance mondiale de l’IA », 17 juillet 2026, Shanghai.
  • [19] E. Letta, « Much More Than a Market », Commission européenne, avril 2014 ; M. Draghi, « The Future of European Competitiveness », Commission européenne, septembre 2024.
  • [20] Grâce à l’aide de la vision par ordinateur, les États-Unis sont devenus capables de frapper 1 000 cibles par jour avec un état-major d’opérations réduit à quelques dizaines d’officiers, là où auparavant plusieurs centaines de militaires pouvaient en programmer une centaine par 24 heures tout au plus. En combinaison avec les grands modèles de langage intégrés à la plateforme Maven, on pourrait en cibler désormais cinq fois plus.
  • [21] Voir notamment le compte rendu par Adèle Forveille de la table ronde du forum INCYBER 2025. A. Forveille, « Opérations militaires et IA : quelle place pour l’humain dans la boucle décisionnelle ? », INCYBER News, 15 avril 2026, disponible sur : https://incyber.org.
  • [22] La technologie, au cours des cinquante dernières années, est ainsi venue accroître considérablement les atouts que constituent la distance de tir, la puissance du feu, la précision des frappes, la protection des plateformes, la furtivité des vecteurs et la connectivité des systèmes d’armes.
  • [23] Le concept de révolution dans les affaires militaires a d’abord été développé par Michael Roberts. M. Roberts, « The Military Revolution, 1560-1660 » (1956), réédité dans : C. J. Rogers (dir.), The Military Revolution Debate: Readings on the Military Transformation of Early Modern Europe, New York, Routledge, 1995. Il est régulièrement employé ensuite. Voir notamment : T. de Montbrial et J. Klein (dir.), Dictionnaire de stratégie, Paris, PUF, 2000 ; L. Murawiec, La Guerre au XXIe siècle, Paris, Odile Jacob, 2000 ; C. Gray, Strategy for Chaos: Revolutions in Military Affairs and the Evidence of History, New York, Routlege, 2003 ; T. Balzacq et A. De Nève (dir.), La révolution dans les affaires militaires, Paris, Economica, 2003.
  • [24] Au sein d’architectures informationnelles développées, les données d’un satellite peuvent alimenter en temps réel un drone aérien, guider un système naval autonome, renforcer les actions de guerre électronique ou guider une unité terrestre au contact. De même, des attaques dans le cyberespace peuvent neutraliser des dispositifs de sécurité ou endommager les stations au sol d’infrastructures spatiales indispensables aux systèmes d’alerte, d’observation, de géolocalisation et de communication. Les fonds marins acquièrent aussi une importance stratégique du fait des câbles de communication et des capacités autonomes qui peuvent y être déployées.
  • [25] Si l’on considère les seuls véhicules blindés – chars, véhicules de combat d’infanterie et transports de troupes –, l’ampleur de l’attrition dans le conflit ukrainien est considérable. Les pertes russes atteignent environ 11 600 unités, dont 2 600 chars, 4 100 véhicules de combat d’infanterie et 1 900 transports blindés. En face, l’Ukraine a perdu près de 3 800 véhicules blindés, dont 700 chars, 900 véhicules de combat et 800 transports.

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Louis Gautier
Par Louis Gautier

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