Conférence du général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées : mot d’accueil et d’introduction

C

Monsieur le ministre,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Madame la présidente de l’université Paris 1,
Chères et chers collègues,
Chères étudiantes, chers étudiants,
Mesdames et Messieurs,

Le 13e cycle des conférences de la chaire Grands enjeux stratégiques contemporains était consacré aux révolutions et changements en cours dans les affaires militaires.

Nous sommes heureux et très honorés, Monsieur le chef d’état-major des armées, que vous ayez bien voulu accepter d’intervenir pour en clôturer la session annuelle. Étant donné les fortes contraintes de votre emploi du temps, je vous suis doublement reconnaissant, d’avoir tout d’abord spontanément répondu favorablement à mon invitation, il y a un an, et de l’attention ensuite portée afin de trouver un créneau dans votre agenda surchargé pour honorer cet engagement. Permettez-moi, mon général, de vous en remercier très sincèrement à titre personnel et au nom de nos étudiants et des auditeurs libres de cette chaire, si désireux et impatients de vous entendre qu’ils bravent même allègrement aujourd’hui ce temps caniculaire.

Voilà d’ailleurs un épisode météorologique, a fortiori si on le rapporte aux effets systémiques du réchauffement climatique, qui rappelle combien l’art de la guerre reste tributaire de facteurs environnementaux, même si la technologie permet aux hommes de plus en plus de s’affranchir des contraintes de milieu.

Combien de batailles gagnées ou perdues à cause de la météo : brouillard, tempête, froid, pluie comme à Azincourt, ou chaleur extrême et poussière, comme lors de la bataille de Cannes en 216 avant J.-C., quand les forces d’Hannibal, quoique inférieures en nombre mais en mouvement, massacrèrent des légions romaines statiques, accablées par le soleil. Plus personne n’ignore, à présent, combien les combats terrestres sur la ligne de front du Donbass, à l’automne et à la fin de l’hiver, sont soumis aux effets de la raspoutitsa.

À ce sujet, durant tout le premier semestre 2026, la guerre d’Ukraine, plus longue déjà que le premier conflit mondial et qui n’en finit pas de finir, mais aussi les guerres réitérées contre l’Iran, à Gaza et au Liban, étaient bien sûr en toile de fond des réflexions de nos conférenciers qui, pour croiser les points de vue comme à l’accoutumée, comptaient parmi eux des hauts responsables civils et militaires, des universitaires, des spécialistes français et étrangers des questions de défense.

De ces conflits d’Ukraine, de Gaza, d’Iran et du Liban se dégagent de grandes leçons structurelles, d’ores et déjà à l’œuvre, qui transforment l’art militaire au XXIe siècle : le rôle de l’IA dans la conduite de la guerre, la robotisation du champ de bataille, la dronisation des effecteurs, l’importance des constellations de satellites et des vecteurs de longue portée, les dimensions nouvelles de la conflictualité qui se déploie dans le cyber, la très haute ou la basse altitude, la profondeur des océans.

Les rebondissements des conflits d’Ukraine ou d’Iran venaient cependant aussi illustrer un enseignement plus général encore.

La guerre, à chaque époque, invente sa grammaire, qui est celle des puissances dominantes. Toutefois, confrontés à cette grammaire, des acteurs plus faibles militairement ou irréguliers s’emploient à en corrompre la syntaxe tout en adaptant à leur guise le vocabulaire.

Les Ukrainiens que l’on disait à genoux en janvier, promis à une reddition certaine dès la reprise des combats au printemps, non seulement résistent mais, adaptant leur mode d’action, récupèrent arpent après arpent des bouts de leur territoire conquis au prix de lourdes pertes par l’armée russe. Se passant des Taurus ou des Tomahawk non livrés, ils attaquent en outre par des drones le territoire russe dans la profondeur.

L’Iran, surclassé militairement par les États-Unis, dont les bases, les ports et les arsenaux furent écrasés sous les bombes entre février et juin, a su longuement courber l’échine pour prendre au piège d’Ormuz les États-Unis. Comme à Cannes en 216 avant J.-C., le plus lourd peut manquer d’agilité stratégique.

Ainsi, alors que tous les commentateurs, depuis un an, prédisent un monde à l’avenir soumis à la loi de la force et au diktat des empires, la mise en échec de la Russie et aujourd’hui des États-Unis relativise ces affirmations prophétiques. Je n’irai pas plus loin. Ces exemples sont certes significatifs ; ils n’autorisent pas pour autant des généralisations hâtives. On peut néanmoins retirer des guerres d’Ukraine et d’Iran quelques enseignements utiles qui expliquent en partie le succès des entreprises ukrainienne et iranienne, qu’il s’agisse de la déconcentration de la manœuvre opérationnelle au contact de l’ennemi ou de la fabrication d’armes rapidement et à moindre coût.

L’art militaire est en pleine transformation. La France, qui s’apprête à entrer dans un cycle politique nouveau à la suite des élections présidentielle et législatives de 2027, doit continuer d’adapter ses armées pour répondre aux défis militaires du futur.

Comme je vous l’indiquais, mon général, nous sommes impatients de vous entendre, vous qui commandez à nos armées après un très remarquable parcours d’officier comme pilote d’avion de combat engagé sur plusieurs théâtres d’opérations, au Tchad et en Afghanistan, notamment responsable à partir de 2007 du premier escadron de chasse stationné à Kandahar, ou en poste au commandement aérien de l’OTAN et chargé en 2011 de la coordination des actions en Libye. 144 missions de guerre au total. Suit, après votre passage au CHEM, en seconde partie de votre carrière, un brillant parcours quasi rectiligne aux plus hauts postes des états-majors. Je n’en cite que les dernières étapes : après un passage à l’état-major des armées comme chef de la division cohérence capacitaire, en 2020 chef du cabinet militaire du ministre des armées, en 2023 chef d’état-major particulier du président de la République et, le 23 juillet 2025, succédant au général Burkhard, chef d’état-major des armées.

Mon général, je vous cède la parole après vous avoir encore exprimé nos remerciements, indiquant que vous avez accepté de répondre à quelques questions, priorité étant donnée, dans un premier temps, à celles des étudiants.

A propos

Louis Gautier
Par Louis Gautier

Pages

Catégories

Mots-clés