Ces lacunes que l’Europe doit combler dans son armement

C

Capacité de commandement, missiles très longue portée, lutte anti-drones, moyens de transport, la liste des priorités de réarmement va être discutée ce jeudi à Bruxelles entre les pays européens. Les faiblesses sont connues, les façons d’y remédier sont moins consensuelles.

Un consensus sur la liste de courses mais des divisions sur les magasins où se fournir. C’est à peu près ce qui devrait se dessiner lors du sommet extraordinaire de l’Union européenne jeudi à Bruxelles. Cette réunion doit préciser les lacunes dans les capacités de Défense européenne, comme un prélude au livre blanc attendu mi-mars.

L’exercice est compliqué sachant que la stratégie de l’Europe de la Défense dans le conflit avec la Russie reste aussi floue que la situation politique. L’Europe doit-elle se contenter d’augmenter les armes à fournir à l’Ukraine pour maintenir une pression sur la Russie le temps d’une négociation ? Doit-elle se préparer à remplacer le soutien opérationnel actuel des Américains, à monter une force sur place ? Ou préparer le prochain conflit en Europe avec la Russie ?

Une étude des instituts Kiel et Bruegel a par exemple chiffré à 1.400 chars , 2.000 véhicules de combat d’infanterie et 700 pièces d’artillerie la force nécessaire pour empêcher une percée rapide de la Russie dans les pays Baltes. Soit autant que les capacités françaises, allemandes, italiennes et britanniques combinées.

Coordination opérationnelle

Quelques solides constats font consensus. « On ne manque pas d’avions de chasse ou de gros matériel mais de tout ce dont disposent les Américains dans la coordination opérationnelle », rappelle Louis Gautier, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale de 2014 à 2018 et directeur de la chaire « Grands enjeux stratégiques contemporains » de Paris-I. Selon lui, il faut renforcer les moyens spatiaux, les drones de haute altitude ou les avions de commandement type Awacs.

L’Allemagne ou la France ont relancé la production de munitions d’artillerie et l’Union européenne prévoit une production d’obus de 155 mm de 1,5 million d’unités cette année. Mais ses capacités dans les missiles pèchent davantage. Les stocks de missiles de croisière de moyenne portée type Scalp ont été largement entamés avec des dons à l’Ukraine, sans que l’on sache si de nouvelles commandes ont été relancées pour regarnir les stocks. Et Louis Gautier rappelle que l’Europe ne dispose pas de moyens de frapper à longue distance la Russie, un missile de 500 à 1.000 km de portée devra être développé, les vecteurs balistiques nucléaires anglais et français n’étant pas appropriés.

Dans la défense antiaérienne, quelques pays européens comme l’Allemagne disposent des systèmes Patriot américains et la France ou l’Italie ont leur propre SAMP/T conçu par Thales et MBDA. Concernant les munitions de Patriot, la Pologne est en train de construire la première usine hors des États-Unis , mais la production ne devrait pas commencer avant 2027. « Les SAMP/T sont très bons mais peu mobiles, et produits en trop petit nombre, il faudrait augmenter la production, quitte à le faire ailleurs qu’en France et en Italie », a expliqué à l’AFP Yohann Michel, chercheur à l’université Lyon-III.

Autre trou important dans la raquette, les capacités de transport. Outre une flotte d’avions-cargos Airbus A400M limitée, c’est toute une infrastructure logistique (ferroviaire, routière) que l’Europe va devoir développer pour projeter ses forces massivement à l’Est.

Parmi les développements que le gouvernement français compte aussi promouvoir jeudi figurent en bonne place les capacités IA des Armées ou la lutte anti-drones. Quant à la force de dissuasion française et britannique, beaucoup d’investissements seront nécessaires pour étendre ces parapluies au niveau européen, rappelle Louis Gautier. L’Europe fait aussi pâle figure dans le combat aéronaval avec trois porte-avions de taille plutôt limitée.

Reste la question qui divise : où acheter ? Depuis des décennies, des lignes de fracture déchirent les Européens sur l’achat massif de produits américains. A un bout du spectre, des pays très atlantistes ou sans industrie de défense ne voient pas de problème. De l’autre, la France défend l’autonomie de son appareil de production et de ses armées. La fracture divise, y compris en France, des industriels soucieux de commandes et des militaires parfois pressés d’acheter sur étagère des armes fiabilisées, moins coûteuses et similaires à celles de leurs collègues européens. Le gouvernement français qui poussera ce jeudi des objectifs communs d’achats made in Europe sait sur ce point qu’il peinera à convaincre.

A propos

Louis Gautier
Par Louis Gautier

Pages

Catégories

Mots-clés